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Extrait des mémoires d'un Officier appelé du 2°RIC.S/LT Guy NAVEAU

 

 

                                                                                 Lieutenant Guy NAVEAU

 

Janvier 1957. A l'issue de mon peloton EOR à ANTIBES et après une permission d'une semaine à Noël, c'est le départ vers MARSEILLE puis le bateau « Ville de Marseille ».La traversée fut agréable, puis c'est le choc de la rade d'ALGER sous le soleil, le 4 Janvier.

La casbah blanche d'où s'élève brune, un beau décor avec un drame immense derrière. Presque aussitôt nous prenons le train vers BORD BOU-ARERIG, d'abord la MITIDJA Apparemment calme, puis les premiers rochers, les poteaux téléphoniques coupés les écoles françaises brûlées le défilé des gorges de PALESTRO et après une bifurcation la zone d'AKBOU, sale, misérable dans un décor grandiose d'oliviers centenaires. Notre histoire d'ALGERIE commence avec ce contraste permanent de populations misérables dans des'décors grandioses, des sourires d'enfants, aux visages renfrognés des adultes qui ont beaucoup soufferts. Une jeep nous attendait, nous montons au PC du 2° RIC, le Colonel COPPI nous reçoit, plutôt affable, nous donne notre affectation :pour moi la troisième section de la 9°compagnie à GUELAA. Mais pour parfaire notre instruction, il nous envoie trois semaine à ARZEW (Oranais) Au cours du stage nous avons sympathisé avec nos camarades du 2°Bataillon situé à ORLEANVILLE et ils nous invitèrent à venir passer la soirée à leur mess.

 

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enfants kabyles jouant dans les champs

 

Le réveil fut difficile mais il fallait repartir vers ALGER. Au bout de quelques kilomètres, on trouva le train de la veille couché sur l'accotement, à la suite d'un attentat.

 

Cette soirée arrosée nous avait peut être sauvé la vie. A notre arrivée à ALGER, une autre surprise nous attendait: la ville était quadrillée par les paras du Général MASSU ,la bataille d'ALGER était commencée. On reprit un autre train pour AKBOU, et pour gagner du temps à une correspondance, on monta dans la « draisine ».C' était un Dodge qui avait été transformé pour rouler sur une voie de chemin de fer et armé d'une mitrailleuse de 7,62. Elle était chargée d'ouvrir la voie une heure avant pour détecter les sabotages. Le lendemain: direction IGHILALI,PC du bataillon. Et puis, il fallut continuer vers ma compagnie encore plus isolée sur le Site de GUELAA. Celui-ci est constitué d'un éperon rocheux avec des pics de 400 mètres sur les oueds GUELAA et BONI. Le village, de mille habitants environ, est célèbre en ALGERIE pour avoir abrité une dynastie de MOKRANI décimée lors de la conquête. Jules ROYen parle assez longuement dans son livre « Les chevaux du soleil». Pour gagner ce village, il faut organiser Wl convoi avec ouverture de route. A l'aide de plusieurs véhicules Half-Track,GMC Jeep, nous avançons sur la route goudronnée jusqu'à BORD-BONI, puis sur une simple piste. Dans les secteurs réputés dangereux, une section descend des véhicules et va occuper les hauteurs et puis on repart. Il faut surveiller les éventuelles mines généralement dissimulées dans un nid de poule. Entre le PC du Bataillon et celui de la compagnie, il y a environ 40kilomètres, l'aller-retour prenait une petite journée. Me voici dans mon poste avec une section d'une trentaine d'hommes à commander avec le cas de conscience que représenterait une éventuelle faute d'appréciation lors des patrouilles ou des bouclages. Presque aussitôt mon arrivée, la compagnie se dédouble: deux sections et la commandement à BORD-BONI et deux sections à GUELAA. Je me retrouve avec Charles GIRARDEAU, du jour au lendemain chef de la deuxième section et co-responsable du poste et d'un village de mille habitants. Les deux sections sont installées dans le bâtiment d'une medersa (école musulmane), l'école française ayant été brûlée. Les locaux sont entomés de gabions (fragments de rocher entassés dans du grillage pour se protéger des tirs).Une roulante sert de cuisine, un infirmier formé sur le tas, un docteur pendant quelques mois, un frigidaire à pétrole, un groupe électrogène, Wl stock de munitions, de 81 rn/m. Il n'y a évidemment ni eau, ni électricité dans cette région de KABYLIE, une des plus pauvres d'ALGERIE. Un astucieux système de récupération de l'eau dans les rochers de la falaise nous permet d'avoir quelques litres apportés chaque matin par les habitants du village à dos d'âne. Le ravitaillement se fait tous les cinq jours par parachutage, la piste d'accès étant trop dangereuse et souvent coupée.

 

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le poste d Akrouna la vallee de la Soumann,les neiges du Djujura.

 

Pour le courrier, c'est un Piper qui nous jette un sac de temps en temps au dessus du poste, les réponses étant faites lors d' une ouverture de route ou d'Wl ratissage. Les conditions de vie sont difficiles et en plus notre armement est américain de 44-45 et même nos treillis laissent à désirer. Pour les hommes de troupe, le plus dur est les gardes de jour et de nuit, il faut toujours un effectif éveillé d'une dizaine de soldats, les fusils, les armes automatiques prêts à tirer. GIRARDEAU et moi faisons une ronde toutes les heures à tour de rôle. Malgré cela, nos 20 ans aidant, une certaine bonne humeur règne; les distractions étant les cartes et le transistor que l'on reçoit que la nuit. Nous sommes au cœur de la petite KABYLIE, une région montagneuse, pauvre,sans européen. Les gens du village nous acceptent assez bien et vivent essentiellement de légumes, de la semoule apportée par les mules, et quelques moutons et chèvres. Les fellouzesne sont pas voilées mais ne se montrent pas tant qu'elles sont « désirables ». Nous avons des ordres tres stricts de Robert LACOSTE, responsable de l' ALGERIE, pour pacifier et remplacer l'administration défaillante. Peu après mon arrivée, on recensa le village, noms des rues numéros aux maisons et ensuite contrôle pour vérifier que les hommes jeunes ne partaient au FLN. matériels américains SCR 300 et 594) que Raymonde PESCHARD avait été tuée dans un accrochage avec nos voisins du régiment d'Infanterie. Cette infirmière communiste s'était ralliée à la cause du FLN et suivait leurs katibas. Nous avions dans notre secteur et comme adversaire le célèbre Al'vIIROUCHE qui était un chef de guerre redoutable Un beau jour d'été,GIRARDEAU, décida de partir de bonne heure jusqu'au petit village d' ALI-TEMOUCHENE qui était un peu le jardin potager de la région. De mon coté, je vaquais dans le poste quand j'entendis une fusillade lointaine vers IGHIL-ALI. Je compris rapidement que c'était le convoi de ravitaillement qui était attaqué. A la jumelle, je voyais distinctement les rebelles qui se repliaient sans doute vers les salines. Le Capitaine BERTIN me demanda de faire revenir la section GIRARD EAU et de partir aussitôt vers les salines distantes d'au moins huit à dix kilomètres. Le poste de GUELAA est à l'altitude 1080 mètres et les salines 600. Nous descendions les sentiers au pas de gymnastique quand je vis et entendis des balles autour de moi. C'était l'avion T6 venu en renfort qui nous prenait pour des rebelles. Aussitôt je demande à mon fidèle radio CREBESSEGUES de passer sur le chanel 16 et de prendre contact avec l'avion pour donner notre position et aussi notre mécontentement. J'ouvre une parenthèse pour dire combien les pilotes de T6 (avion de la Marine américaine) nous ont aidés, réconfortés, guidés, sauvés nos vies au péril de la leur (en effet, plusieurs allèrent au tapis).

 

3l_ecole_francaise

l'ecole française

 

EnfIn nous arrivons aux salines et j'aperçois aussitôt deux corps de rebelle dansl'oued. La nuit arrive, le Capitaine BERTIN décide qu'il est difficile de rentrer au poste et qu' il faut bivouaquer dans le petit bordj à proximité. On commence à s'installer quand une fusillade nourrie éclate, les rebelles sont sur une crête en surplomb et nous arrose copieusement. Deux hommes s'écroulent, le Caporal-chef LAMBERT et le marsouin ? .. Ledocteur GOMlLA est avec nous et les examine à l'abri. Pour LAMBERT c'est très grave:une balle dans la colonne vertébrale, rien à faire sauf assister à la lente agonie. Plusieurs piqûres de morphine et il est bientôt dans le coma. Heureusement pour le marsouin ? .. c'est moins grave, une balle dans la jambe. Dès l'aube le lendemain matin, un hélicoptère amènera le corps de notre camarade et le blessé. Des 14 mois passés en ALGERlE, ce fut l'un des moments les plus difficiles.

 

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eperon rocheux de Guelaa

 

Heureusement le lien avec la France n'était pas rompu. Ma fiancée m'écrivait chaque jour me donnant des nouvelles que je recevais par paquets d'une dizaine de lettres. Avec elle,nous nous étions fixés le mois de Septembre 1957 comme date de mariage qui devaitcoïncider avec la fm de mon service militaire. Mais la guerre d'ALGERIE s'aggravant sans cesse, toutes les classes étaient maintenues sous les drapeaux 6 mois de plus. Les formalités furent assez longues. En tant qu'Officier il me fallait l'autorisation du Général, commandant le Corps d'Armée et aller passer la visite médicale à SETIF où j 'allais par le train. A ma fiancée, on lui demanda un certificat de «bonnes vies et moeurs».

 

 

 

 

Ensuite le train pour ALGER, l'avion jusqu'à ORLY et le mariage ....... Mais il fallait repartir pour au moins 6 mois.Me voici à nouveau dans mon poste algérois, GIRARDEAU et GOURONC me laissèrent me reposer quelques jours avant de reprendre le crapahutage Vers la fin Décembre,un ordre du Régiment arrive: on doit permuter nos Bataillons avec des artilleurs. Le poste de GUELAA est abandonné. On casse les gabions des fortifications et on amène une partie de la population (peut être 10%) sous des tentes à BORDJ-BONY. Spectacle atroce de ces pauvres gens déjà très pauvres et obligés de quitter leur village. Je m'étais fait une opinion sur notre action mais je compris que la cause « Algérie Française» était perdue et que nous allions versl' indépendance.

 

patrouille et controle au village de Bel Ayel

 

Donc, juste au moment de Noël, on part avec armes et bagages à AKOURMA, dans un village proche du fleuve LA SOUMMAM. Cette large vallée est assez fertile avec des oliviers, des figuiers, des champs de fèves et est dominée par le D1UDJURA avec ses neiges persistantes toute l'armée. Nous occupons le bordj construit par les artilleurs autour d' une école, mais les premiers jours je suis avec ma section en « sonnette» dans les mechtas qui surplombent le poste. Mais à peine arrivé dans ce poste, on part en opération deux jours coté 45 46grande KABYLIE. Le temps est infect, il pleut sans arrêt. La pluie ayant redoublée, les ponts en fer sur la SOUMMAM furent emportés par la crue si bien que nous étions coupés du PC du régiment. La piste en terre était défoncée et même les GMC avaient du mal à s'en sortir et souvent il fallait prendre le treuil pour sortir des ornières. Pour ces deux derniers mois de service, j 'étais devenu adjoint du Capitaine LANNEFRANQUE, si bien que j'avais des tâches administratives et je sortais souvent sur le terrain. Nous allions souvent en patrouille dans lesanciennes mines de fer du GUELDAMANE et jusqu'au bord de la SOUMMAM. En plus du bordj, nous avions deu:x postes isolés dans la ferme TEMPIER, le seul « Pied-Noir» resté sur place. Nous avions aussi une école dans un bâtiment prétabriqué en tôle ondulée et qui était assez bien fréquentée par les enfants du village; les cours étaient dOimés par un Sergent appelé.La pression d' AMI ROU CI-lE se faisait sentir et le 8 Février, on échappa de peu à une embuscade. Quelques jours après mon départ, un nouvel accrochage fit plusieurs victimes dans nos rangs. Le jour de la « libération» arriva. Avant mon départ, le Commandant voulut me remettre la Croix de la Valeur Militaire (au PC du Bataillon à SEDDOUCK) mais au moment où la section s'apprêtait à se mettre en place face au Drapeau, une fusillade éclata dans le djebel et les marsouins partirent d'urgence et l'on me donna ma médaille sans présentation officielle.

Je regagnais ALGER pour la dernière fois, puis MARSEILLE et le train militaire pour

PARlS. Nous étions le 28 Février 1958

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