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Parcours D'un Appelé  1961-1962

Note du président : un GRAND merci à toi mon cher BISSONNIER. Quelle « belle page d'histoire » ! Puisse-t-elle « donner des idées » à nos amicalistes afin qu'ils nous « lèguent, eux aussi, un peu (beaucoup) de leur mémoire » !

 

1 : Allemagne : P.P.E.O.R

Je suis incorporé le 3 mars 1961 à la caserne de Rueil-Malmaison (actuellement la caserne Guynemer qui abrite la FNAOM). Dès mon arrivée, je demande une permission exceptionnelle pour me permettre d'assister au mariage de mon frère qui est sous les drapeaux en Allemagne.

Les noces terminées, je rejoins la caserne et constate que tous ceux qui ont été incorporés en même temps que moi sont partis. Je suis habillé d'une tenue et d'une capote qui n'ont pas dû connaître le lavage depuis leur fabrication !!!Un ordre de mission et un billet de train en poche, je gagne la gare de l'Est, directionl'Allemagne, 13ème RTA, à Neustadt. Je franchis la frontière le 9/03. Les passagers allemands de mon compartiment son surpris de ma présence et encore plus de ma tenue. J'ai honte pour moi et mon pays.Peu de temps après mon arrivée au régiment, je suis convoqué par le capitaine qui m'apprend que j'ai satisfait aux différents tests subis pendant mes trois jours et que je peux suivre les PPEOR (peloton préparatoire élève officier de réserve) et peut être EMI de Cherchell. Mon frère ayant déjà effectué 18 mois d'armée et du fait qu'il n'y a jamais deux frères en même temps en Algérie, je pense que de toute façon j'ai de très grand chance de m'y retrouver, aussi autant que cela soit dans les meilleures conditions.

Je pars suivre les PPEOR au 16éme RTA à Landau. Dès mon arrivée, j'adresse au Père du régiment une autorisation de me marier, celui-ci étant prévu pour le 15 juillet prochain.Autorisation accordée. Je suis reçu aux PPEOR et admis à suivre les cours dispensés à l'EMI de Cherchell. Nous avons la visite du Général Ailleret commandant les FFA pour nous féliciter et nous faire prendre conscience des charges qui vont peser sur nos épaules en tant qu'OR en Algérie. Enfin une permission bien méritée !

2 : Algérie – EMI CHERCHELL

Je débarque du bateau « le Ville d'Alger » à Alger le 3 juillet. A l'EMI, je suis affecté à la 10ème Cie, 9ème section du peloton N°106 dont le chef de section est le Lt Malassis. Dès mon arrivée à l'école, je préviens à la chancellerie que je me marie le 15 de ce mois. J'essuie un refus net et catégorique du fait que quand j'étais aux PPEOR, l'enquête de voisinage a été effectué par la police (2ème classe) mais que maintenant que je suis élève OR, l'enquête doit être effectué par la gendarmerie. Après bien des discussions, j'obtiens gain de cause mais à la condition que ma permission soit de 3 jours aller et retour avion compris. Le 7 décembre,baptême de la promotion 106 « CROIX de la VALEUR MILITAIRE » par le Général Ailleret Cdt en chef des troupes en Algérie. Je sors 93ème sur 305 avec le grade de S/Lt et le choix d'une double affectation soit : le 2ème RIMA basé à Akbou et les trois derniers mois de mon temps au 1er RIMA basé à Satory (à côté de Versailles). Nous bénéficions d'une permission.Pendant celle-ci, mon épouse doit d'urgence se faire opérer de l'appendicite et je sollicite de mon nouveau chef de corps une permission exceptionnelle qui m'est accordée.

3 : Algérie – 2ème RIMA

J'arrive à Akbou le 4 janvier 1962 vers 12h, le colonel et les officiers déjeunent au mess et je me pressente. Le colonel me fait part de sa satisfaction de me voir et me prie de m'asseoir à la table et de déjeuner. Dés le repas terminé, une jeep (sans protection) me conduit au PC du bataillon.

Le Cdt me reçoit chaleureusement et me demande si j'ai une très bonne condition physique (1m60 – 54kg) je lui affirme que oui, en me demandant ou il veut en venir, la réponse est que je suis affecté à la 10ème Cie basée à IRIL ALI en Petite Kabylie, chef de section du commando de chasse V 69.Le même chauffeur me transporte à la Cie.Je me présente au capitaine qui me présente au Ltn commandant le commando. Le lendemain matin il m'emmène au village chez le tailleur pour faire retoucher mes tenues camouflées (tenue Bigeard). Je fais la connaissance des appelés et harkis de ma section. Le 6, nous partons en OP pour 3 jours. Le Ltn et son groupe reste avec ma section pendant que les deux autres sont ailleurs. Le soir du 3ème jour, Le Ltn m'ordonne de tendre une embuscade au col qui ouvre la route à IRIL ALI. Une première pour moi. 3 Fells sont surpris et nous tirent dessus avec des balles traçantes que nous n'avons pas. Pas de mort ni de blessé de part et d'autre. Les Fells ont réussi à s'enfuir (il doit s'agir d'une équipe de collecte des rançons infligées aux artisans bijoutiers du village d'Aït Dessene).

 

 

 

Pour une prise de commandement, je suis servi mais au moins maintenant je sais que je serai faire face à mes responsabilités de chef de section (fin de mes interrogations sur mon comportement à la sotie de Cherchell).Je suis resté basé à IRIL ALI jusqu'au début du mois de février. Pendant cette période, nous n'avions pas le droit ni le loisir d'aller au village en dehors de la SAS, de toute façon il n'y avait rien qui aurait pu nous attirer.

 Ma section » à IRIL ALI.

Mi février, je prends le commandement du poste de CHOUARICK (situé à plus de 1000 m d'altitude) et celle de la section du commando de chasse qui y est basée. Notre zone d'action est située en zone interdite. Nous sortons en OP au moins trois jours par semaine et quand nous sommes au poste, le soir nous allons monter des embuscades. Quand nous en avons le temps, accompagné de mon infirmier, nous faisons de l'assistance médicale gratuite. Nous avons été isolés par la neige pendant presque un mois.

Ravitaillement du poste de CHOUARIK.

Chouarick est un petit village dont la population est calme (peut travaillé par le FLN) et j'entretiens de bons rapports avec le chef du village (j'ai été avec mon second, caporal chef appelé, invité lors d'un mariage à manger le couscous). A l'approche du cessez le feu, je n'ai pas remarqué d'agitation particulière.Le moral des hommes (essentiellement des appelés sauf deux caporaux chefs ayant fait l'Indochine) était bon dans l'ensemble. Bien sur des discussions sur le déroulement des négociations à Evian, leurs aboutissements et la justification de la poursuite des OP (des kms sans voir âmes qui vivent), à quoi cela rime ? Mais le sens du devoir et de l'obéissance ont toujours prévalu (bravo les appelés), sauf fin février quant il a fallu que je désigne un appelé qui était en position de « libérable » dans quelques jours, pour une OP, ce qui a provoqué un vif mécontentement de la section, mais je n'avais pas le choix vu le faible effectif dont je disposais, obligé de laisser quelques hommes pour la garde du poste) je n'ai jamais emmené les deux anciens de l'Indo, sauf une fois l'un des deux et mal m'en a pris).

En « opérations » dans le GUELLA (avec un de mes « anciens d'Indo).

Début mars, je reprends le commandement d'une section du commando à IRIL ALI. Sur renseignements, est monté une OP de patrouille dans le village dans la nuit du 18 au 19 mars.Pour assurer la totalité de la mission, chacune des deux sections se scindent en deux groupes permettant ainsi une durée de patrouille plus longue. Lors de la patouille de mon groupe, mon éclaireur de tête, le harki Hallal, au détour d'une ruelle surprend un homme (couvre-feu) et lâche une rafale de PM. L'homme à terre, avec plusieurs balles dans le ventre, à juste pu dire qu'il était sorti pour uriner ! avant de décéder.Entre temps, tous les autres groupes sont sortis pour boucler le village. Le Ltn chef du commando envoi une équipe chercher le Ltn de la SAS qui doit connaître les circonstances du décès et prendre toutes les dispositions utiles (nous sommes en maintien de l'ordre et chaque fois qu'il y a un décès, une enquête doit être diligentée). Tout ceci fait que le décès a été déclaré le 19 mars vers 0h30/1h.Le cessez le feu intervient puis la dissolution du commando (abandon du béret noir).

Dans les jours qui suivent, le village s'agite, on entend les You You, les hommes hissent le futur drapeau algérien. Pour faire cesser ces manifestations, l'autorité fait tirer à la 12,7 au dessus des toits du village, radical !Quelque temps plus tard, nous apprenons que nous allons former une compagnie de « FOL ou FL » (je ne me souviens plus de la signification de ce sigle). Il s'agit de regrouper en Cie tous les Français de souche algérienne dans le but qu'après le vote de l'indépendance (ce qui ne fait aucun doute quant au résultat) ils deviennent l'ossature de la future armée de l'état algérien. Instruction ..... instruction ...... puis départ de la Cie pour la vallée de la Soummam.

Instruction ...... instruction ......

Début juin, ordre de départ pour la région algéroise pour assurer le maintien de l'ordre et la sécurisation des bureaux de vote. La Cie s'installe dans la ville de STAOUELI (à 5kms de Sidi-Ferruch). Nous nous installons dans une école qui à déjà servi de cantonnement pour la troupe. Les hommes sont logés au rez-de-chaussée tandis que mon caporal chef et moi-même sommes logés au premier étage. Nos armes sont cadenassées au râtelier avec celles de mes hommes au RdC (suite à une négociation assez difficile). La tension est très grande à Alger et sa banlieue. Les hommes doivent être travaillés en sous main par le FLN car ils sont fébrileset agités. Nous avons failli aller au clash quant ils ont hissé le futur drapeau algérien au mât des couleurs et que j'ai ordonné de les descendre, l'Algérie étant toujours française tant que le vote n'a pas eu lieu. La pression devenant de plus en plus forte et après de difficiles négociations, j'ai transigé et obtenu que les deux couleurs soient levées en même temps. (je sais, ce n'est pas très glorieux mais que faire d'autre devant 35 français de souche algérienne très excités).


Arrivée du général AILLERET.

Quelques jours avant le 1er juillet, vers 22 h, une estafette envoyée par le capitaine m'informe que toutes les sections des Cie « FOL ou FL » autour d'Alger ont ou sont en train de désertées avec armes et bagages (véhicules, cantine ....) et que les deux sections de notre Cie ont aussi désertées. Que puis-je faire pour éviter que ma section fasse de même ? Je ne dispose comme moyen de communication que d'un PP8. Après réflexion, je me souviens avoir rencontré et échangé nos actualités avec un Slt Para basé à Sidi-Ferruch. Après plusieurs essais infructueux, je parviens à contacter le radio de faction du régiment, je lui explique la situation dans laquelle je me trouve et lui demande de trouver le Slt pour qu'il intervienne auprès de son commandement pour me prêter assistance.Après une attente interminable, le radio m'informe que le commandement est au courant de ma situation et qu'il m'envoie de l'aide (sans plus de précision). L'école située sur un terrain formant un triangle à la pointe de laquelle se rejoignent les deux routes situées de chaque côté. Quelque temps plus tard, arrivent deux petites automitrailleuses sur roues que je fais placer de part et d'autre de l'école, chacune dans une rue. Elles sont restées toute la nuit et sont parties au matin avec un chaleureux remerciement. Que ce serait il passé si malgré tout la section avait voulu déserter ? Nous n'aurions rien pu faire et surtout pas utiliser les armes. Un coup de bluff ! C'est tout.Plus tard dans la matinée, je suis allé rendre compte au capitaine et j'ai trouvé celui-ci effondré (deux de ses sections ont désertées). Il me félicite pour mon initiative et m'informe qu'à sa connaissance seule ma section n'aurait pas déserté de tout l'algérois. Plus tard, nous avons appris que la plus part des déserteurs avait été retrouvé errants dans les bois autour de la capitale revêtus seulement de leur caleçon !!! Les fells leur ont pris la totalité de leur équipement vraisemblablement dans le but d'équiper les leurs pour le jour du vote !!!

Le 1er juillet, je dispose les hommes en faction à la porte des bureaux de vote dont j'ai la responsabilité de la sécurité. Je fais la navette entre eux pour m'assurer que tout se déroule correctement quant à l'entré de l'un d'eux je dois m'opposer à deux Fells en armes qui veulent entrer dans le bureau avec leurs armes. Suivant les consignes, je m'y suis opposé non sans mal et ils sont repartis comme ils sont venus.Le 12 juillet, je reçois l'ordre de rejoindre le PC du régiment à AKBOU. A mon arrivée, je suis informé de ma nouvelle affectation au 1er RIMA à Satory à compter du 1er août. Je suis agréablement surpris de cette affectation et demande la raison d'une mutation si en avance que prévue. Il m'est répondu que les accords d'Evian ont prévu qu'en cas de décès d'un civil,l'enquête sera assurée par une commission composée pour moitié de français et pour l'autre d'algérien et que dans ces conditions, il était préférable que je rentre maintenant en France.J'ai demandé à rencontrer l'officier de renseignement afin de savoir le sort qui a été réservé aux harkis. Il m'a fait part des horribles exactions commises par les fells qui les ont rassemblés, dévêtus entièrement et présentés à la population rassemblée de chaque village de la vallée de la Soummam et subir de la part de celle-ci des jets de pierre, des coûts de bâton,de pied etc. ..... En bout de course, ils ont tous été égorgés.

Le 14 juillet, j'ai pris le train pour Alger puis l'aéroport de Maison blanche. Il y avait une foule immense de « Pieds Noirs » avec enfants et bagages assis ou coucher par terre dans l'attente de pouvoir prendre un avion pour la métropole, certain depuis plusieurs jours. Dans cette cohue, j'ai approché un personnel de bord d'Air France et après discussion et quelques billets il m'a fait embarquer. Vers 23 heures, en approche de l'aéroport d'Orly, l'avion vire autours de la capital et par chance je suis du bon côté et près d'un hublot ce qui m'a permis d'admirer de haut tous les feux d'artifices. Quel retour !

4 : France – 1er RIMA

Je rejoins le CI/ 1er Rima le 2 août. Affecté à la CCS ou je retrouve mon Lt chef du commando comme adjoint au capitaine commandant le Cie (nous n'aurons jamais d'autre contact jusqu'à ma libération). Je prends le commandement d'une section d'instruction composée, en cette période de l'année, de sursitaires provenant pour la plus part de l'éducation nationale. La mise en condition physique n'est pas une mince affaire et la mauvaise volonté quasi quotidienne. Néanmoins, la marche des 70 kms qui clôture la période de formation se déroule avec cohésion et solidarité (les plus forts aidant les plus faibles). Les rangers cirées, les tenues rectifiées, un brin de toilette effectuée, la section rentre dans la caserne en défilant en chantant l'arme sur l'épaule. Ils ne sont pas peu fier ! (et moi aussi).

Par changement d'affectation, le CI/1er RIMA devient le CI/22ème RIMA à compter du 1er octobre 1962.- Officier de permanence :

Mon tour arrive pour un W.E . Consignes, clef du coffre contenant les enveloppes scellées qui contiennent les instructions en fonctions du degré des alertes. Je prends mes fonctions sans difficulté particulières sauf que ! Le mardi matin en arrivant à la caserne, je suis convoqué chez le colonel en présence d'un général. J'apprends que dans la nuit du dimanche au lundi, des tracts communistes ont été répandu dans les couloirs de la caserne. La police militaire est sur les lieux et informe le général qu'elle a identifié le coupable. Il s'agit d'un appelé de ma section qui se trouve être un neveu du général. On me demande de rester discret et l'incriminé est muté.

- Officier des subsistances :

Je suis désigné comme officier contrôleur de la qualité des subsistances pour une durée de quinze jours. Le poste consiste à me présenter tous les jours à huit heures du matin aux subsistances afin de contrôler le bon déroulement des approvisionnements et la qualité des produits. Il y a un vétérinaire pour les carcasses de viandes et un adjudant chef pour la qualité du vin qui arrive en wagons citernes (malgré son insistance, je n'ai jamais voulu goûter les arrivages lui disant qu'il était hautement qualifié vu la grande conscience qu'il mettait dans sa mission). La boulangerie industrielle faisait des produits de grande qualité. Les retardataires étaient les plus mal servis.- Concours de tir :Je suis désigné comme chef d'une équipe qui va participer à un concours de tir au pistolet au stand de tir international de Versailles, nos adversaires étant des militaires américain du Schape voisin. Je sélectionne quelques tireurs d'après leur carnet de tir et nous partons nous entrainer. Les résultats ne sont pas brillants, nous essayons la presque totalité des PA du régiment sans plus de succès.

Nous faisons pâle figure face aux américains et leurs équipements. Le résultat fut à la hauteur de notre incompétence. Je ne garde pas un bon souvenir de cette période.

- Surveillance de l'espace aérien :

Lors du putsch des généraux du 21 au 25 avril 1961, le bruit circulait en métropole que les paras allaient atterrir sur l'aéroport du Bourget. Michel Debré alors 1er ministre demande par un message diffusé à la radio que la population aille bloquer les pites d'atterrissages pour empêcher les paras de se poser. Une grande psychose est entretenue dans la population. De Gaulle ordonne une surveillance de l'espace aérien de Paris. Cette surveillance est maintenue jusqu'à fin 1962.Ma section est désignée pour assurer cette mission pendant quinze jours. Elle consiste a placer des équipes de surveillance sur les toits de différents édifices de la Capitale. Chaque équipe surveille le ciel avec des jumelles et doit rendre contre par radio s'il remarque un aéroplane. Mon PC est en haut de l'arc de triomphe (interdit aux visites), ma chambre à l'opéra. Il y a une équipe sur les toits de l'opéra, de l'arc de triomphe, du Louvres et des invalides. Je dispose d'un document officiel me permettant la réquisition des forces de police. Le chauffeur de ma jeep ne connaît pas Paris et la plus part du temps je prends le volant. Je fais constamment le tour de mes guetteurs et je passe beaucoup du temps à signer des permissions. Mon épouse travaille à côté de Notre Dame de Lorette et le soir, je l'attends à la sortie du bureau pour la conduire en jeep à la gare Saint Lazare. Nous faisons sensation auprès de ses collègues. (Il y a prescription !!!).

Après avoir passé la visite médicale de libération, je suis rayé de cadres et renvoyé dans mes foyers le 20/121962 après 22 mois d'armée.

Roger Bissonnier.

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