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Pr MICHEL LEJOYEUX psychiatre,Ce chef de service de psychiatrie à l’hôpital Bichat  explique la névrose de guerre, modèle en psychiatrie du syndrome de stress post-traumatique.

 

Comment se manifestent les blessures psychiques de la guerre ?

MICHEL LEJOYEUX. La guerre provoque des blessures psychiques au même titre que les blessures physiques et les vétérans du Viêt Nam sont les premiers à l'avoir fait reconnaître.

La névrose de guerre se manifeste en deux temps. D'abord, une phase de stress aigu, d'effroi, au moment de l'attaque. Le soldat ressent une peur intense de mourir, d'être blessé, et parfois même une perte totale de repères, une déconnexion de la réalité. Il y a aussi tous les symptômes de décharge d'adrénaline : boule dans la gorge, palpitations, sueurs... Cette première phase peut durer de quelques minutes à une dizaine d'heures. Après, soit la personne digère les choses, soit, après une phase de latence (une semaine, six mois...) apparaît un syndrome de stress post-traumatique.

Que vit la personne ?

Il y a des signes très spécifiques, le premier étant les cauchemars de répétition. Le soldat revit la scène de guerre dans son sommeil. Il y a aussi l'hyperréactivité, le fait de sursauter au moindre bruit. Cela peut parfois durer des années. Il y a aussi l'évitement, la tendance à vouloir s'éloigner de tout ce qui rappelle la guerre. Ou au contraire l'obsession, le fait de tout le temps ressasser ses souvenirs de guerre. Il y a aussi la culpabilité du survivant, le fait de se dire : « Pourquoi moi, j'ai survécu, alors que mes frères d'armes sont morts? C'est injuste... » Par ailleurs, c'est une erreur de penser que la guerre endurcit, elle fragilise. On est plus sensible à un nouveau traumatisme si on en a déjà vécu un.

Comment soigne-t-on ces traumatismes ?

De deux manières : dans la phase aiguë, en les aidant à exprimer leurs émotions, avec une prise en charge immédiate à la fois en individuel et en groupe. Deuxièmement, si apparaît un stress post-traumatique, par des thérapies spécifiques, avec beaucoup d'écoute, de gentillesse, de vigilance et toujours en se rappelant que la personne qui sera la plus atteinte psychiquement n'est pas forcément la victime la plus directe de l'événement. Pour un soldat blessé au front, il y en a des dizaines qui peuvent être traumatisés : tous ceux qui ont vu leur copain blessé sous leurs yeux. Enfin, ce qui peut apaiser la souffrance, c'est le fait que l'armée reconnaisse la dimension héroïque de la blessure au combat. D'où l'importance que la nation montre sa solidarité avec les victimes.

Le Parisien du 15/07

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