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source : lepoint.fr

 

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La France est en passe de perdre une importante capacité de transport stratégique sanitaire, et se trouvera donc obligée de recourir à des alliés européens, dans certains cas, pour rapatrier par avion des soldats qui seraient blessés en opérations extérieures. Une spécificité française, gage de la qualité de ses armées, disparaît en silence. Explications.

 

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C'est une tradition, à tout le moins en France : les avions gouvernementaux, ceux qui transportent le chef de l'État et les membres du gouvernement, ont deux fonctions. La première, celle que nous venons d'énoncer, exige des moyens techniques et humains importants. Les autorités du pays doivent pouvoir être transportées, sans délai ni préavis, vers n'importe quel point de la planète, qu'il soit en guerre ou en paix. Au gré des besoins, d'autres personnes peuvent profiter de ces moyens : des émissaires du gouvernement, des diplomates, voire des espions. Cette mission essentielle, naguère assurée par le GLAM (Groupement des liaisons aériennes ministérielles) l'est aujourd'hui par l'Etec (Escadron de transport et de calibration), basé non loin de Paris, à Villacoublay. Nul n'est mieux qualifié que les militaires pour la prendre en charge : ils sont taillables et corvéables à merci, et conservent le secret sur leurs missions pourtant bien étranges, parfois. Ils sont disponibles, d'une compétence absolue, capables de prendre des risques et de ne rien espérer d'autre qu'une poignée de main. Puisque leurs avions ont des immatriculations militaires, ils disposent de droits de survol sans avoir à les demander. Il y a quelques semaines, en l'absence d'un avion gouvernemental disponible, le ministre de la Défense Hervé Morin, qui souhaitait se rendre en Afghanistan au chevet de blessés à bord d'un avion loué à une société privée, a dû y renoncer : l'appareil n'avait pas pu recevoir d'autorisation du survol d'un pays de la région...

 

De toute éternité, la mission de ces avions AUG (à usage gouvernemental) et de leurs équipages est double. Outre le transport des huiles, ils assurent, le cas échéant, les évacuations sanitaires des Français blessés à l'étranger, et notamment des militaires. Lundi, lorsque trois soldats du 21e RIMa de Fréjus ont été frappés en Afghanistan, peut-être par des tirs fratricides, le gouvernement a aussitôt envoyé à Kaboul le dernier Falcon 900 de l'Etec, qui n'a heureusement pas (encore) été vendu. Aller-retour express : vingt-quatre heures à peine après avoir été touchés, les blessés - dont un très grand brûlé - étaient admis dans les hôpitaux militaires parisiens. Ils avaient été transportés par un équipage médicalement formé, à bord d'un appareil bénéficiant d'installations techniques permettant de prendre soin du grand brûlé dans les meilleures conditions possibles, c'est-à-dire aussi performant qu'une ambulance du Samu. Double mission et double capacité : la permanence du service au profit du gouvernement et du chef de l'État, nécessaire et justifiée, est utilisable pour sauver des soldats. Est ou était ? C'est tout le problème...

 

 

 

La discrétion de l'Élysée

 

Actuellement, l'Etec compte un Falcon 900, trois Falcon 50 et deux gros Airbus A319. Tous sont "médicalisables" sans délai, c'est-à-dire dans l'heure ou presque. Il compte également un Falcon 7X, depuis l'an dernier, et un autre récemment livré à l'armée de l'air. C'est une particularité et une excellence françaises, exceptionnelles d'efficacité. Des dizaines de soldats français blessés au combat depuis des décennies sur tous les champs de bataille doivent la vie à ce système. Logiquement, si une longue tradition avait été respectée, ces deux Falcon 7X - des merveilles d'avions d'affaires que s'arrachent les plus riches pdg du monde - auraient dû être modulaires et multirôles, c'est-à-dire transformables dans l'instant en avions médicalisés pour transporter des blessés couchés, le matériel de réanimation et l'équipe médicale. Ce n'est pas le cas. Lorsque ces appareils ont été commandés par la DGA (Direction générale pour l'armement), précise une source militaire, le contrat prévoyait une "étude pour kit Evasan (évacuation sanitaire)", ainsi que son intégration. Mais on précise par ailleurs que la configuration des Falcon 7X retenue par l'Élysée ne permet pas le transport de blessés couchés : "Il faut qu'ils marchent et puissent s'asseoir." Et le "kit Evasan" serait du genre léger : "C'est de l'oxygène pour maintenir, pas capable de transporter un gros trauma de guerre !"

 

Même motif, même punition pour l'Airbus A330 qui doit être prochainement livré à l'Etec à l'usage de Nicolas Sarkozy : bien qu'il dispose d'une petite infirmerie, il "n'est pas prévu" qu'il assure des évacuations sanitaires, indique un bon connaisseur de cette affaire. L'Élysée ne répond jamais aux questions sur les moyens de transport du chef de l'État. Tout ce qui concerne les avions qu'il utilise est considéré comme secret.

 

Des alliés

 

Le prochain retrait du Falcon 900 et des Falcon 50 aurait dû être accompagné par la commande de quatre Falcon 2000, parfaitement adaptés à la double mission, si les kits spécialisés sont effectivement acquis auprès de Dassault. Sauf que les commandes de ces futurs appareils ne sont pas encore passées, si elles le sont un jour. On sait par ailleurs que les deux Airbus A319 vont être revendus pour faire baisser la facture de l'achat de l'A330, de 176 millions d'euros tout de même... Pour le gouvernement et ses avions, c'est le temps des vaches maigres : les Français, qui ont pris l'un des principaux commandements de l'Otan à Norfolk, n'ont même pas les moyens de fournir l'avion qui aurait permis au général Stéphane Abrial de disposer d'un moyen de transport autonome pour lui-même et pour son état-major. Il est aujourd'hui véhiculé par l'US Air Force, ou par les compagnies commerciales.

 

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Concrètement, les Français disposeront toujours de moyens d'intervention lourds, pour un très gros pépin nécessitant de nombreuses évacuations simultanées. Ils disposent pour cela de la flotte d'avions de ravitaillement C-135 FR transformables en 24 heures en avions-hôpitaux grâce aux kits Morphée. Ces avions fonctionnent toujours très bien, bien que le premier ait été acquis en... 1964 chez Boeing ! Et, si c'est la vraie catastrophe, les Français peuvent appeler à la rescousse l'Airbus A310 de la Luftwaffe allemande, seul avion-hôpital européen. Les Français ont fait notamment appel à lui lors de l'attentat de Karachi, qui a fait 14 morts et 12 blessés le 8 mai 2002. Pour les missions intermédiaires, celles pour lesquelles les avions à usage gouvernemental étaient jusqu'à présent si utiles, il faudra désormais faire appel aux alliés. Une réunion est d'ailleurs prévue prochainement pour étudier ce problème à l'EATC (European Air Transport Command) d'Eindhoven, aux Pays-Bas. Ce commandement du transport aérien européen consiste en un état-major formé par des officiers britanniques, belges, néerlandais et allemands. Il commencera ses opérations effectives en septembre. Dans l'avenir, c'est lui qui fournira les moyens d'évacuation sanitaire dont les Français pourraient avoir besoin. Dans l'armée de l'air française, où cette initiative est diversement appréciée, on estime que la France pourrait à moindre coût éviter ce déficit capacitaire, et préserver ses moyens de transport autonomes de blessés en conservant dans l'inventaire national le Falcon 900 et les deux Airbus A319 qui doivent être revendus, et dont l'absence pourrait se faire cruellement sentir. Par les temps qui courent, ce souhait demeurera sans aucun doute un voeu pieux. Pourtant, c'est le coeur même du soutien que la France doit à ses soldats qui se trouve frappé ! Est-ce bien normal ?

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